Les jardins partagés. Dernière mise à jour le 18/03/2017
(Les notes de jardin sont des brouillons écrits d'un jet sans aucune correction. Les corrections seront apportées au fur et à mesure de la reprogrammation du site).  


 Les Jardiniers du dimanche.  

Des jardins partagés, il en existe plein dans l’Est et le Nord-est parisien. Cette activité populaire est quasi inexistante dans les beaux quartiers. Les classes populaires plus promptes à l’écologie s’adonneraient plus volontiers à un ersatz de jardinage. Il est vrai que ce n’est pas chose facile que caser une foule de projets grands comme le Brésil dans un carré de verdure aussi large qu’un mouchoir de poche ! 

Le jardin partagé est une idée très à la mode, surtout à gauche vu qu’à droite on ne partage pas grand-chose par éducation. Cette idée juteuse fut soi-disant lancée pour créer du lien social, alors que sans ce lien social aucun jardin n’existerait. Cherchez l’erreur.

Il n’est pas rare qu’une poignée de pétroleuses professionnelles, collées de prés par quelques militants de barricade, tous acteurs acharnés depuis le berceau en faveur de diverses utopies sociales à la mode, lancent à la mairie, à moins que ce ne soit l’inverse, un projet de jardin sur la dernière friche rendue subitement disponible dans le quartier. S’engage alors une lutte acharnée pour monter le dossier, le faire passer en commission, obtenir les premiers financements. Arrive le moment tant attendu où le terrain est enfin attribué, les clés remises, où la terre franche est livrée à contretemps par rapport au calendrier « comment jardiner avec la lune », enfin où il est temps de se rendre compte un peu tard que la terre est basse.

Entre temps, une association aura été mise en place, non sans mal, dans la mesure où prendre le pouvoir devient une source de grande agitation chez certains pour qui une place de président de n’importe quoi est nécessaire pour qu’ils ressentent ce merveilleux sentiment d’exister avec en perspective une reconnaissance publique à venir on ne sait quand, mais bientôt, avec pourquoi pas la remise éventuelle d’une médaille dédiée à la gloire du poireau national.

Pour l’observateur goguenard, c’est là une source à jubilation de voir venir les arnaques du petit matin, les coups d’État permanents des réunions nocturnes, les coalitions d’opérette, les trahisons d’arrosoir, toutes ces basses manœuvres inévitables et inhérentes à la nature humaine qui devancent toute création d’un bureau associatif ne fussent celle d’un de ces fameux jardins dits partagés où tout devrait se partager dans un même élan social, tout sauf le pouvoir bien évidemment.

Prunus serrulata

JP - 17/03/2015   

Jardin & idéologies.

L’anthropisation du monde, du monde urbain, aboutit à reléguer la nature au banc de la ville, au banc des banlieues, au bout du monde. Depuis longtemps, l’homme des mégapoles se déplace sur du macadam, respire des gaz d’échappement, vit perpétuellement dans le bruit, ne sait plus lire les étoiles qu’il ne perçoit d’ailleurs même plus par-dessus les toits. Et, pour finir, il s’imagine heureux. Quel bonheur cette inconscience insoupçonnée pour les promoteurs de cages à lapins qui ne songent qu’à bétonner les herbages, les forêts, les plaines, les collines pour y entasser toujours plus de malheureux qu’on aura fait venir de loin par la terre, par la mer, par la guerre. 

Il n’est donc pas étonnant que l’idéologie du combat écologique ait prise sur cet homme déshérité, en partie privé de nature, en partie seulement, car c’est justement ce manque encore perceptible qui le meut à la recherche d’un paradis perdu qu’il pourrait retrouver, reconquérir sans trop de peine, au coin de la rue, sur la friche encore disponible et à portée de la main. On est bien libre de rêver du bonheur, ne serait-ce finalement sur un tas de compost, même si celui-ci n’est encore qu’un tas d’ordures. À chacun son petit bonheur selon sa fortune.

Tous ces facteurs pèsent sur l’homme des villes comme sur celui des champs déracinés. Et tous deux imaginent de replonger un jour leurs racines dans un sol profond fait d’histoires et par leur histoire. Ce mouvement de ressourcement individuel autant que collectif n’est pas sans embarrasser les professionnels du désastre politique qu’ils soient de gauche comme de droite. L’idée même que les gens puissent devenir maîtres de leur vie dérange. On touche là à un problème de fond des gens d’ici et de maintenant, l’identité, sujet tabou s’il en est, et, si l’on écoute certains discours, le Français n’existerait pas en tant qu’autochtone et même n’aurait jamais existé, tant on voudrait nous faire oublier les ancêtres gaulois, ces Celtes qui avaient oublié d’écrire leur histoire. Cette absence d’écriture qui gomme le fondement identitaire permet aux négationnistes de nier l’existence de racines lointaines ethniques ou religieuses encore vivante sous formes vestigiales, et ce au profit d’une idéologie « laïque » quasi favorable à des immigrations permanentes en provenance de tous les coins du monde sous prétexte qu’il en fut ainsi de tout temps en ce pays. Or, rien de tout cela n’est entièrement vrai. On connaît la suite et on en voit les résultats aujourd’hui. Plusieurs personnes qui jardinent à Belleville se sont senties particulièrement remises en cause à la suite des événements du 7 janvier 2015. Leur vision du monde est prise en défaut par une réalité de plus en plus chaotique. Force fut pour elles de constater que certaines populations refusaient le vivre ensemble qu’ils défendaient pourtant à contre-courant. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la place du jardin comme lieu d’intégration dans le quartier se pose depuis à certaines personnes. Au niveau de l’inconscient, le sol est donc chargé non pas d’une symbolique, mais de plusieurs, ce qui provoquerait de temps à autre contresens et malentendus.
 

Passé ce grand moment d’angoisse collective, on saisit mieux la nécessité pour certains de se retrouver sur un petit coin de terre que l’on travaille pour soi et par soi-même. Si le jardin partagé est une ouverture sur la nature, il peut être aussi vu comme un repli sur un passé personnel ou collectif. Il suffit de tendre l’oreille pour s’en convaincre. 

On est donc en droit de se demander si le jardin partagé en tant qu’utopie ne contribuerait pas à sa manière à l’aliénation de l’homo urbanicus, tant l’idéologie est forte chez certaines personnes ? C’est possible. Toujours est-il que le fonctionnement du jardin partagé s’inscrit parfaitement dans l’idéologie de gauche avec l’idée d’une autogestion du projet, d’une entraide, d’une convivialité, d’un lieu créatif, participatif. La rhétorique de service y trouvera toujours une source d’inspiration pour ses discours, son bulletin municipal, son auto satisfaction entretenue à perpète. Et quand viendra le moment de la récolte, la satisfaction sera d’autant plus grande que la récolte fut bien mince. La récupération idéologique du jardin partagé est donc à portée de la main de tout pouvoir et aucun pouvoir ne s’en privera, même si son discours officiel tourne à vide par rapport aux rêves qui hantent les jardins autant dans les têtes qu’au bout des binettes.
Par-delà ces problématiques plus politiques que sociales, certains acteurs tentent d’intégrer au jardin les diversités exogènes aux diversités endogènes par le biais du jardinage. Chacun s’acculture ainsi à la fois à la nature et aux cultures humaines proches ou lointaines. Cela contribue au charme du partage.
 

Au plan symbolique, on peut avancer que le jardin partagé renvoie les acteurs à des événements passés de leur vécu, à une identité plus ou moins perdue qu’ils chercheraient à reconstruire plus ou moins en intégrant de nouvelles valeurs pour l’avenir. C’est en cela que le jardin peut être le révélateur d’une identité en devenir, individuelle autant que collective. Au jardin partagé, en vérité, on jardine autant les plantes que ses rêves. 

JP - 17/03/2013  

Le jardin partagé vient de loin.

Comme si les jardins partagés nous venaient des USA. Quelle idée ! Les jardins communautaires français existaient bien avant que cette soi-disant mode nous vienne de New York. Faut-il rappeler les jardins ouvriers d’autrefois mis en place pour détourner l’ouvrier des débits de boissons, si ce n’est des réunions syndicales, et dont l’effet était de nourrir la famille ? Et puis, cultiver son jardin, ou bien le peu qu’il en reste sous la forme vestigiale d’un carré pas plus grand qu’un mouchoir de poche ou d’un pot oublié sur le rebord d’une fenêtre, aurait à mon sens toujours existé. C’est une sorte de lien à la nature comme au pays que l’on essaie de conserver en soi malgré cette urbanisation envahissant nos vies et nos imaginaires. Car nous sommes tous paysans quelque part en nous, d’ici ou d’ailleurs, même si maintenant ce lien au pays s’estompe au profit d’une sorte d’homo betonicus sans racines profondes capables de donner cette sorte d’aplomb propre aux identités bien construites au milieu d’une nature toujours hostile comme bienveillante. On en voit aujourd’hui les conséquences dans les crises d’identité qui frappent gravement les nouvelles générations. 

On pourrait donc concevoir ce besoin collectif de jardiner en ville comme une tentative pour se ressourcer par rapport à un pays comme à une nature plus ou moins oubliée. Car le geste en ville est bien plus symbolique que matériel, du moins dans la capitale où les rendements potagers n’existent pas plus sur le terrain que dans les esprits. 

Mais ce qui vient d’ailleurs étant toujours plus intéressant, il est de bon ton dans certains milieux de ne jurer que par les USA en matière de révolution verte comme dans tout le reste. Donc, nos révolutionnaires outre-Atlantique se sont armés un jour de bombes vertes pour faire éclater la révolution sur quelques friches en lançant des sacs de graines comme on lancerait des grenades. Cela devient à la mode du côté de New York et je soupçonne même un certain snobisme d’y avoir mené en ce sens le jeu d’un mouvement perpétuellement à la recherche de l’action extraordinaire. On s’esbaudit comme on peut dans une sorte de révolution bon chic bon genre. Après les hippies en chemises à fleurs, voilà les jardiniers révolutionnaires ! Il fallait bien, à cette époque, s’opposer d’une manière ou d’une autre à la guerre du Viet Nam avec si possible une connotation à la Mao, 毛泽东 pour les connaisseurs, « laissez cent fleurs fleurir », afin de contester la politique du pouvoir. 

Et pendant ce temps, ici, nos jardiniers jardinaient à l’orée des villes, en jardins ouvriers, ou à la compagne, comme d’habitude. 

Ce mouvement contestataire par le jardinage en ville n’aura pas échappé à nos politiques professionnels en manipulation des foules. Relancer la lutte sociale par le jardinage en distillant aux croyants une idéologie selon laquelle ils sont la nouvelle avant-garde contre le capitalisme, le bétonnage, quelle opportunité pour l’écologie politique, quelle belle carotte pour faire avancer des ânes qui ne sont peut-être pas aussi bêtes que ça. 

Finalement, le jardin partagé, c’est un peu comme l’oignon : il faut en retirer les pelures idéologiques pour atteindre l’essentiel qu’est le jardinage en soi.

(à suivre)
 

La biodiversité du 20° arrondissement. 

L’arrondissement présente une diversité botanique et faunistique remarquable. C’est, avec les 12° et 16° incluant les bois de Vincennes et de Boulogne, l’un des arrondissements les plus riches de la Capitale. Ceci s’explique par la présence d’espaces assez vastes, comme le cimetière du Père-Lachaise, ou plus ou moins sauvages comme celui de la Petite Ceinture. Tous ces lieux avec les jardins d’alentours offrent une grande diversité de milieux microclimatiques et une ouverture écologique aux environs de la Capitale. 

On dénombre dans l’arrondissement pas moins de 340 espèces de plantes indigènes, 63 naturalisées et 26 subspontanées, soit un total de 429 plantes différentes sur les 850 comptabilisées dans la Capitale. On y observe naturellement des plantes à fleurs, mais aussi des Fougères et même quelques Orchidées. 

Le cimetière du Père-Lachaise présente pour sa part une diversité végétale importante composée de 310 espèces, dont 265 indigènes et 45 naturalisées.  La diversité animale du site y est toute aussi surprenante. On n’y dénombre pas moins de 264 espèces de coléoptères sur les 637 actuellement répertoriées à Paris. On y compte aussi une centaine de papillons. Qui dit insectes dit aussi oiseaux. On peut y observer en effet quelques espèces rares en zone urbaine comme la Chouette effraie. On y contemplera à loisir le Corbeau, mais sans le Renard. Bien sûr, les petits mammifères ne sont pas absents du site : la Fouine et l’Écureuil y sont parfois aperçus.  Le cimetière du Père-Lachaise joue donc un rôle de premier plan dans la biodiversité parisienne.

La petite Ceinture forme une friche encore préservée de la fréquentation citadine. La végétation s’y déploie librement entraînant dans son sillage une faune tout aussi riche. On dénombre plus de 460 espèces végétales. La faune y est parfois surprenante comme la présence du Hérisson, celle de colonies de Chauves-Souris, d’oiseaux divers, de petits reptiles, et d’insectes attirés par les fleuraisons des lieux. La petite Ceinture représente en fait une sorte corridor écologique ouvrant la Capitale sur la Banlieue et même sur la campagne lointaine. Mais cela ne durera pas.


JP. - 12/11/2007  

Le compostage comme signe d’aliénation. 

Il n’est pas de réunion initiale à la création d’un jardin partagé sans qu’on y parle aussitôt du compost. Chacun donnera son avis alors que bien peu, pour ainsi dire personne, n’a une idée bien précise de la chose. Certes, l’accumulation des déchets dans un bac est dans toutes les têtes et la magie de dame nature fera le reste.   

On peut voir dans cette précipitation d’aborder ce sujet comme une sorte d’aliénation à une idéologie ambiante, celle d’une écologie politique grande manipulatrice des foules distillant ses dictas à des désœuvrés en mal d’une nature perdue ou lointaine. Ceci peut se comprendre dans la mesure où l’homo urbanicus, cybernanthropisé jusqu’à la folie, ne saurait même plus marcher dans la glaise de ses ancêtres. Pauvres de nous. 

Il faudra donc faire découvrir, et expliquer à ces jardiniers en herbe, la fermentation aérobie des tas d’ordures, l’intervention des champignons thermophiles, le retournement du tas, la prise de température. Il faudra passer son expérience de jardinier ayant connu le travail à l’ancienne conduit comme au 19° siècle avec le maraîchage sur couches chaudes, châssis, cloches et paillassons. Toute la vieille école horticole qui faisait de l’écologie avant l’heure sans le savoir, mais qui le faisait bien. C’était une époque où l’on prenait le temps d’observer la nature, où on lisait les indices phénologiques à la manière d’un vieil Apache traquant le gibier, où les floraisons entraient en synchronie avec les tâches de la semaine. Que le lilas vienne à fleurir et l’on plantait aussitôt la pomme de terre sachant que le sol était enfin suffisamment réchauffé pour accueillir la semence. 

Il faut donc sortir les gens de leurs bulles idéologiques, de leurs idées toutes faites sur dame nature, en leur offrant des représentations opérationnelles, des notions non académiques, mais justes, dont le but est de leur donner l’intelligence du geste pour les sortir des automatismes dans lesquels on les enferme par éloignement du monde vivant, par perte de sens à cause d’une urbanisation de plus en plus abiotique. À Paris, même les espaces verts sont toxiques, mais ça les écolos de service ne le verront jamais tant ils ont le nez dans leurs dossiers et l’esprit accaparé par leur affairisme de couloirs. 

Finalement, le jardin partagé, c’est un peu comme l’oignon : il faut en retirer les pelures idéologiques pour atteindre l’essentiel qu’est le jardinage en soi.

JP - 16/03/2015  

Un grand absent de la pensée urbaine : le sol du jardin.   L’Entretien du Sol.

 Si la plante possède son code génétique pour programmer sa croissance, il n’existe rien de comparable pour le sol. Pourtant le sol utilisé pour la culture des plantes est bien autre chose qu’un simple univers minéral. Autrement dit, le sol comprend aussi une partie vivante dont il convient de prendre soin. Le sol peut donc se définir comme un univers composite où existent des interactions entre les différents composants : minéraux, bactéries, algues, microfaune, racines… Autrement dit, le sol est en soi un écosystème complexe. 

Bien qu’il ne soit pas question d’entrer dans les détails de la dynamique des sols, il convient toutefois d’en donner une représentation simple à l’usage des jardiniers.
La représentation la plus simple est d’admettre que le sol est pour partie un être vivant ayant besoin comme tout être vivant d’un minimum de choses pour exister. Sans ces éléments indispensables, le sol pour ainsi dire se meurt, devient inerte, et même impropre à certaines cultures.

Quels sont donc les éléments indispensables au bon fonctionnement du sol envers la plante ? Si la réponse du spécialiste est loin d’être simple, en donner une représentation élémentaire devrait nous aider à bien jardiner tout au long de l’année.  Considérer pour partie comme être vivant, le sol aura besoin tout naturellement des éléments suivants : d’eau, d’air, de nutriments.


L’eau :
 

L’eau est donnée par la pluie et les arrosages. Elle est indispensable à la croissance des plantes puisqu’elle sert aussi de vecteur aux nutriments des plantes composés en grande partie de sels minéraux solubles.
On arrose avec l’eau disponible, eau qui n’est pas toujours idéale de par sa composition. À paris, l’eau est trop calcaire, ce qui produit des blocages dans la chimie du sol et provoque souvent une carence en Potasse.


L’air :
 

Tout sol doit être bien aéré, afin que les racines respirent, que les micros faune et flore existent, que l’eau circule dans les minuscules espaces inter particules. Un sol trop compact entravera la croissance des plantes tout en favorisant des réactions chimiques anaérobies souvent néfastes au sol comme aux plantes.

Les nutriments :
 

Les nutriments des plantes sont d’abord des minéraux solubles ou rendus solubles par l’action des bactéries, des champignons, des acides secrétés par les racines. Il convient donc de veiller à fournir en permanence au sol, donc aux plantes, tous les ingrédients indispensables au fil du temps de croissance. 

Notre attention sera retenue uniquement par les produits dits « écologiques ». Dans cette gamme de produits, nous trouvons les éléments suivants : l’azote, le phosphore, la potasse. Tous ces nutriments seront donnés sous la forme de produits d’origines naturelles, d’engrais organiques : pour l’azote (N) on utilisera de la corne torréfiée et du sang desséché, de guano pour une action ponctuelle et rapide ; pour le phosphore (P2O5), on utilisera des déchets de poissons et de la poudre d’os ; enfin, pour la potasse, on aura recours à des extraits de vinasse (K2O).

Le pH :
 

L’acidité du sol comme son alcalinité, tendance basique, sont à surveiller. L’idéal serait d’obtenir un sol au pH neutre (7). Dans la pratique, le jardinier doit faire face à deux processus contraires et simultanés ! D’une part, les cultures ont tendance à acidifier le sol par épuisement du calcaire ; d’autre part, en région parisienne, l’eau étant calcaire, les sols sont très souvent saturés en calcium ce qui provoque une carence en potasse avec un excès en acide phosphorique par saturation du complexe argilohumique. 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, un double traitement à effets contraires s’impose. D’une part, il s’agit de recharger le sol en carbonates, ce qui facilitera la disponibilité pour les plantes des autres engrais administrés au sol. Voilà pourquoi on administrera d’abord un calcificateur à l’automne, puis à la fin de l’hiver les autres engrais naturels de manière à bien organiser dans le temps la chimie du sol.  

D’autre part, la seconde action importante sera de corriger la tendance basique, si besoin est en amenant un acidifiant, comme le soufre, afin d’abaisser le pH et de corriger ainsi de manière indirecte la carence en potasse souvent associée à un pH trop élevé. 

En pratique au jardin partagé, le recours au soufre sera inutile, du moins en région parisienne, si l’on utilise de la potasse organique, car celle-ci contient souvent de l’anhydride sulfurique (SO3). La présence de ces deux composants en un seul produit remplace le sulfate de potasse et agit sur l’alcalinité du sol en libérant le complexe argilohumique du calcium en excédant, ainsi que l’acide phosphorique qui lui est lié, libérant de la place pour fixer la potasse dans le sol.


En résumé :

Avec de la corne torréfiée, des déchets de poissons, des extraits de vinasse et un calcificateur, le jardinier peut « nourrir le sol du jardin » de manière naturelle sans risque de brûler les plantes ni nuire à la dynamique du sol. L’épandage des produits « bio », depuis la fin de l’hiver jusqu’au début de juillet et au cours de l’automne, favorisera tant les plantes que la vie du sol qui, rappelons-le, sera considéré comme un être vivant qu’il faut nourrir, arroser tout en lui assurant une bonne oxygénation.
 
JP - 15/03/2014   La nutrition des plantes.
Le sol renferme des nutriments sous forme minérale pour les plantes, même l’azote pourtant stocké sous la forme organique. Ces nutriments de base sont : azote, phosphore, soufre, calcium, magnésium, potassium, plus les oligoéléments : bore, molybdène, fer, zinc, manganèse, cuivre.

Ces nutriments sont présents sous la forme de réserves plus ou moins transformables rapidement vers une forme assimilable pour la plante. Les nutriments immédiatement disponibles pour la plante circulent sous une forme soluble et assimilable.

Ces transformations de matériaux se réalisent selon différentes réactions chimiques : formation d’humus pour les réserves organiques, altérations progressives des roches pour la partie minérale.

Dans un système naturel, la réserve azotée dépend exclusivement de l’humus, d’où l’importance d’entretenir en permanence la litière avec de la paille, des copeaux, des herbes coupées, afin d’entretenir en permanence le cycle : matières organiques = > matières minérales solubles et assimilables. Ajoutons à cela l’apport en corne torréfiée et sang desséché pour un processus lent, et en guano pour un coup de « fouet » en cours de végétation.
 

Même constat pour les matières minérales, d’où l’importance d’entretenir cette réserve par des apports en phosphore en potasse, le tout sous forme de produits bio : vinasse de betterave pour la potasse, arêtes de poissons pour le phosphore. 

L’apport de surface n’est important que si l’humus est un mull, c’est-à-dire un humus à forte activité biologique. On saisit en cela l’importance de l’humification. La décomposition des matières organiques emprunte le chemin suivant en partie grâce aux bactéries : protéines = > acides aminés = > ammoniacs = > nitrites = > nitrates. 

Toutes ces altérations se réalisent mieux dans des sols riches en calcium. Les plantes nitratophiles, comme l’ortie, caractérisent les sols à nitrification très rapide.

Comme on le devine un entretien régulier du sol, par des apports en matières organiques décomposables en N, P, K, et un apport en calcium sous la forme d’amendement, assurera non seulement la nutrition permanente des végétaux, mais aussi une bonne santé de la flore microbienne du sol.


JP - 20/03/2015 

De l’entretien du sol à la rotation des cultures au Potager. 

Finalement, entretenir le sol, c’est un peu comme la comptabilité : il y a des crédits et des débits. 

Apporter massivement des engrais de fond en automne, c’est assurer à la belle saison une mise à disposition des éléments nutritifs indispensables à la végétation. On peut encore améliorer ces amendements en nuançant les apports selon les prélèvements déjà effectués par les cultures précédents et en anticipant ceux à venir par les nouvelles cultures.Pour faciliter cette comptabilité chimique, je recommande la mise en place au Potager de trois carrés réservés l’un aux légumes racines, l’autre aux légumes feuilles, enfin le dernier aux légumes fruits ou graines. D’une année à l’autre, chaque carré recevra des légumes différents de ceux de l’année précédente selon un ordre immuable : racine, feuilles, fruits.


On pose maintenant le principe que chaque carré reçoit à parts égales un engrais de fond azoté, un engrais de fond à base d’acide phosphorique et le troisième à base de potasse, soit N, P, K.

On sait que les légumes racines ont un besoin spécifique en Potasse (K), que les légumes feuilles ont un besoin spécifique en azote (N) et que les fruits demandent plus d’acide phosphorique.
Pour calculer la dose à fournir à chaque carré, on pose donc la formule de base : N =1, P = 1, K = 1,

Autrement dit, à volume égal, soit une mesure (cuillère à soupe, tasse, bol, et cetera).

Ensuite, on corrige cette base par rapport au déficit de l’année précédente et en anticipant les besoins spécifiques de l’année à venir. On obtient donc les quantités suivantes.
Base + besoins spécifiques pour l’année à venir + correction de l’année précédente


Soit pour chaque carré :



- Carré des légumes racines : = Base (N + P + K) + K + P, soit la formule : 1 N + 2 P + 2 K.
- Carré des légumes feuilles : = Base + N + K, soit la formule : 2 N + 2 K + 1 P
- Carré des légumes fruits ou graines = Base + P + N, soit la formule : 2 N + 1 K + 2 P


Tout est clair.


JP - 17/11/2014  


Du Désordre bien humain.

Quelques éléments de sociologie du jardin. Tout le monde ne vient pas au jardin pour y jardiner. C’est là un des aspects paradoxaux. Souvent, le jardin est un prétexte à autre chose et cela troublera parfois le jardinier. Je ne parle pas ici des consommateurs d’esthétiques, des promenades du dimanche après- midi, des « je passe vous dire un petit bonjour en faisant mon marché » ou du fréquent « je m’ennuie donc je viens ». Bienvenu à tous.  

Le jardin partagé devient parfois un lieu d’expressions étrangères au jardinage. Ces activités collectives peuvent à certains moments devenir dominantes au point que le jardin se retrouve délaissé pour devenir un espace associatif du quartier. Ce détournement de sa signification première est-il souhaitable ? Pour le jardin, certainement pas. Pour la vie du quartier peut-être ? En fait, je n’en suis pas certain, je reste dubitatif sur la portée réelle de ces agitations parallèles qui tournent souvent autour d’un petit noyau de personnes actives ou d’activistes plus ou moins clos sur eux-mêmes, faussement ouverts sur les autres, parfois pour ne pas dire souvent politisés et faisant du jardin un lieu de résistance au monde. Tout ceci ne regarde pas directement le jardinage. Ainsi, le jardin peut subitement donnait une impression d’abandon alors que de nombreuses activités y sont annoncées en fin de printemps, d’année scolaire, juste avant les départs en vacances. Il ne faut pas longtemps aux herbes folles pour se rendre alors maître de l’espace. En deux semaines, le jardin perd de son éclat alors qu’un quart d’heure par semaine consacré par chacun suffirait à retrouver l’effet perdu. Autre phénomène participant au délabrement du jardin, la dynamique des groupes.  

Le jardin est partagé autour de pôles répondant soit à des thèmes classiques, soit à des préoccupations de leaders. Si le potager ou le coin des fleurs regroupent naturellement toutes les personnes voulant cultiver des légumes ou des fleurs, d’autres thèmes sont moins évidents, comme les sauvages, les annuelles, la friche aux papillons. En général, les groupes se définissent bien en début de saison, ils ont parfois tôt fait de se dissoudre au fil du temps. En fait, le groupe est surtout une coalition de personnes, coalition souvent de structure assez lâche, rarement solide au-delà d’une certaine taille. Toute coalition comprend au moins deux éléments ; ceux qui jardineront et ceux se contenteront de regarder le résultat. Tous contribuent à la dynamique sociale du jardin. Pour que le jardin demeure en tant que tel ne perd pas son allure lors du délabrement des groupes, il convient de structurer les projets autour d’un schéma directeur. Le but de ce schéma est d’élucider une architecture d’ensemble de manière à rendre cohérent un « tas de projets individuels » en un tout dont la signification dépasse l’ensemble des projets personnels. Un tas de briques n’est pas mur, l’image convient. Ce schéma directeur a le mérite d’interdire pour la saison les divagations de dernières minutes se glissant dans les carrés en détruisant leur cohérence initiale. L’exemple est typique au potager, au carré des fleurs. Pour le potager la réponse fut de donner à celui-ci une structure dynamique, permettant les rotations annuelles tout en conservant l’ordre des cultures associées. Autrement dit, le rapport ordre / désordre au jardin reflète l’état pour tout ou partie des coalitions.

Un jardin mal tenu, désordonné avec de l’entropie, traduit sans aucun doute des liens comparables entre les personnes présentes au jardin. Les activités connexes au jardinage proprement dit se perçoivent comme des sources de pollutions de l’espace destiné au végétal. Très vite, l’espace se transforme en déversoir d’objets hétéroclites, en restes de festivités passées, et tout ce bric-à-brac contribue à transformer très vite le jardin en décharge. C’est là un indice d’entropie. Vous pouvez compter en plus sur le voisinage qui vous amènera l’esprit chagrin sa dernière plante crevarde qu’on ne jettera pas à la décharge, car on a du cœur. Alors pourquoi pas au jardin partagé ? Il faut donc veuillez régulièrement à rendre le jardin partagé au jardinage et aux jardiniers en herbe.
 

JP - 19 juin 2007  

Limaces et Limaçons.

Avec un temps maussade, l’été 2007 nous a laissé en héritage un cortège de « Loches et de Limaces horticoles », sans parler des « Petits gris » qui campent en ces lieux depuis l’ouverture. Le printemps 2008 sera donc difficile, si la pluie est au rendez-vous avec une douceur des températures. Seule la sécheresse limitera les pontes des gastéropodes. 

La loche ou Limace grise s’attaque surtout au Colza (crucifères), aux Céréales (Graminées) et aux jeunes plantes des prairies. Bref, gazon, choux, moutarde, pâturin, tout est consommable ou presque pour cette bestiole à peine plus grande d’un demi-centimètre.  Encore plus redoutable, la petite Limace noire, répondant au doux nom d’Arion hortensis, s’attaque de préférence aux tubercules. Nous voilà donc dotés de deux redoutables grignoteuses, pour voir disparaître assez vite tant par racine que par feuille le fruit de toutes nos attentions : légumes, fleurs, gazon, et que sais encore ? 

Ces deux espèces, peu sensibles au froid, autrement dit bien rustiques, ne sont dangereuses que lorsque la température est supérieure à +10 °C et quelles bénéficient d’une bonne humidité ambiante pour pouvoir circuler. On y est ! De mœurs nocturnes, leur présence est décelable sous les abris naturels : mottes, cailloux, tuiles au sol, vieille souche, planche abandonnée au sol (piège potentiel), et cetera.  

Comment s’en débarrasser ? L’idéal serait d’introduire des carabes, ces coléoptères aux élites métalliques, dont les appétits féroces débarrasseraient le jardin en un rien de temps des gastéropodes indésirables. On peut aussi lutter contre les limaces par de bonnes pratiques culturales, l’élimination des mauvaises herbes, un arrosage raisonné, un sablage, un épandage de cendres, et quelques pièges à bière. À ce sujet, vous avez licence pour transformer vos carrés en débit de boisson … pour Limaces, va s’en dire ! 

JP. - 12 mars 2008  

De la vermine et du reste.

Si nous n’avions le bonheur d’avoir des centaines de petits oiseaux, pour exterminer ce que nous osons encore appeler aujourd’hui vermine, nous serions perdus : hannetons, chenilles et sauterelles mangeraient tout ! 

La vermine est donc un moyen comme un autre d’attirer les petits oiseaux qui font la joie du jardin… lorsque nous nous y absentons. Contentons-nous alors de regarder passer la vermine, respectons-la, souvent dame nature fera le reste. Voyez, par exemple, comment la coccinelle s’occupe discrètement du puceron lorsqu’on oublie de passer l’insecticide sur les premiers pucerons printaniers.  

Évidemment, il reste le féroce escargot dont nul prédateur au jardin n’en limite la prolifération, si ce n’est de temps en temps une main gourmande bien décidée de passer le tout à l’escargotière, au four, puis en bouche. 

Il faut le dire : le petit-gris, Attila en son genre, grignote tout sur son passage. Si l’on veut sauver semis, salades, et autres croquantes verdures, il faut se résoudre à effectuer de temps à autre un escargotage. Mais que faire de l’escargot une fois capturé ? On peut le placer en cage pour le distribuer aux gamins du quartier pour une séance d’observation. À moins qu’on en organise une chasse avec eux, et, pour récompense à la fin, nos jeunes trappeurs reçoivent tout naturellement quelques escargots en chocolat. 

La limace, qui brode parfois le mur d’un ruban d’argent, est bien rare. Parfois, elle se manifeste. C’est qu’on l’aura introduite par mégarde à partir de quelques chutes de salades ou plantes sauvages ramenées de je ne sais de quelle promenade champêtre. La plus redoutable est sans nul doute la petite limace noire, qui le jour ne trouve rien de mieux que de se dissimuler sous terre. N’hésitez donc pas à gratouiller au pied des plantes attaquées pour voir si limace ou noctuelle n’y seraient point cachées. 

Plus on jardine bio, moins on touche à l’équilibre du jardin, plus les choses s’arrangent. Ce laissé faire n’évite pas les cycles et fluctuations de populations. Il faudra donc intervenir de façon ponctuelle, toujours de manière raisonnée, jamais avec l’idée en tête de tout exterminer.

JP - 03/03/2008  

Bien gérer les cultures d’un potager exigu. 

Si vous maintenez un bon niveau de qualité du sol de votre potager par des apports réguliers de matière organique et d’engrais naturels, vous pourrez obtenir de nombreuses récoltes, belles et variées, sur une petite surface. Pour ce faire, planifiez vos cultures afin de ne jamais laisser la terre inoccupée en jonglant avec diverses techniques de semis et de plantation.

Semis répétitifs.
 

Des semis successifs sont souvent nécessaires pour les légumes à croissance rapide. Ils assurent une production étalée dans le temps. Il convient alors de choisir chaque saison les variétés adaptées. Ainsi peut-on semer des salades toutes les deux à trois semaines et ceci d’avril à septembre. Procédez de même, tous les dix jours pour les radis et ceci de mars à octobre, et une fois par mois de mars à mai pour les navets. Les carottes se sèment tous les mois de mars à juillet. Pour les haricots verts nains, prévoyez un semis toutes les trois semaines de mai à mi - août. Quant à la mâche, optez pour un rythme toutes les trois semaines de juillet à octobre.  

Semis ou plantations mixtes. 

Les cultures mixtes associent, par semis sur le même rang, des plantes compatibles. Ainsi, dans le cas du radis et de la carotte vous récolterez d’abord le radis ce qui permettra à la carotte de se développer à son aise. De même, dans le Sud-Ouest, la tradition commande de semer des haricots grimpants au pied des maïs qui leur servent ainsi de support naturel. Ce système était pratiqué par les Incas qui associaient une citrouille, le haricot fournissant l’azote au sol. 

Cultures intercalaires. 

Les cultures intercalaires prennent place entre les rangs des légumes à croissance lente comme les choux, l’asperge, le céleri, la poirée, éventuellement le melon ou la courge. Vous pouvez par exemple employer les buttes des asperges au sortir de l’hiver pour pratiquer une culture rapide de salade ou de radis, qui profiteront ainsi de la chaleur emmagasinée par cette butte naturelle.

Récoltes prolongées.
 

Certains légumes comme les laitues "à couper", les choux frisés ou Daubenton, les poirées vertes à couper ou le céleri à couper fournissent des récoltes étalées ou successives.

 
JP - 11/11/2006  

Vive le potager au carré.

De mars jusqu’en juin, vous pouvez semer et planter en terrain bien préparé. À vous les légumes sains et les espèces et variétés originales introuvables aux étals des magasins. La méthode du potager au carré s’adapte à toutes les surfaces disponibles.

Organiser l’espace.

Nul besoin en effet de posséder beaucoup de terrain pour profiter de légumes à déguster en famille. La technique du potager en carré permet d’ailleurs de profiter « de tout un peu ». Elle se base sur des petites surfaces, de 1,20 m de côté permettant un entretien facile. Notez que les personnes handicapées ou âgées auront tout intérêt à recourir à des surfaces rehaussées, sur des palettes par exemple. Ces carrés trouveront ainsi leur place sur une pelouse, un patio, voire une terrasse ou un toit pour satisfaire les citadins. Comptez une épaisseur de bonne terre de 20 cm minimum et choisissez un mélange terreux riche, comportant un peu d’argile. Chaque carré est partitionné en carrés de 30 cm de côté pour faciliter les rotations et la diversité des cultures. Comptez toutefois 4 à six de ces unités pour satisfaire une famille de trois à quatre personnes. Positionnez l’ensemble dans un endroit chaud et dégagé, bien ensoleillé, mais pas cuisant.

Semer ou planter.

En fonction des cultures envisagées, vous opterez pour l’achat de plants ou le semis. Dans ce dernier cas, privilégiez les plantes à croissance rapide, offrant une rotation rapide telle que les radis, les haricots, les carottes, primeurs ou bien les légumes faciles par semis comme la poirée ou le mesclun, , un mélange classique de salades méridionales. Variez les plaisirs avec le pourpier doré ou la ficoïde glaciale aux feuilles charnues et rafraîchissantes. Semez plutôt à la volée qu’en lignes dans les cases de vos carrés et éclaircissez sans remords les plantules excédentaires. Recourez en revanche à l’achat de plants pour les légumes de culture longue ou nécessitant un départ au chaud comme les tomates, poivrons, courgettes… Vous trouverez maintenant des légumes proposés en barquettes en mélange ou petites quantités. Au besoin, arrangez-vous avec un voisin ou ami pour des achats groupés assurant plus de diversité.

Faites un bon choix de variétés.

Privilégiez les formes qui ne prennent pas trop de place. Ainsi, éviter les courgettes coureuses, les choux géants, la tétragone, les haricots nains. Côté productivité, optez pour les tomates à grappe plus généreuses et goûteuses comme ‘Sweet 100’ par exemple. Mixez les ‘fraisiers remontants et non remontants pour une production bien échelonnée, voire des fraises des bois des quatre saisons.

Prenez de la hauteur.

Quelques bambous ou une trame de fer à béton bien fixée permettent de cultiver, au centre, des légumes grimpants comme les haricots à rame voire le haricot d’Espagne aussi joli en fleurs que délicieux en gousses. Vous palisserez ainsi des tomates… à moins que vous ne préfériez tenter quelques pieds de maïs qui sont d’ailleurs d’excellents supports pour les haricots.

Des simples indispensables.

Dans le moindre espace libre, installez des touffes de persil, du basilic, du thym, de la sarriette, de la ciboulette ou encore de l’estragon de bouture. Semez également, dès mai, des condimentaires à croissance rapide quelques graines de coriandre, de roquette, de cresson de Para si piquant ou un des innombrables basilics au feuillage odoriférant.

Côté technique culturale.

Ne vous inquiétez pas des classiques rotations de cultures vous enjoignant de ne pas cultiver au même emplacement et deux années de suite le même type de plantes. Si vos cultures sont saines, le remplacement systématique et annuel d’une moitié du compost assurera une bonne fertilité du substrat. Employez un rétenteur d’eau et de l’engrais à libération lente comme pour les jardinières.

De jolies fleurs à manger.

De-ci de-là, installez un pied de souci, de capucine, de bourrache… dont vous cueillerez les fleurs pour agrémenter vos salades et rehausser vos parterres potagers. 

JP - 11 mars 2008  


L’arrosage raisonné au jardin.

Comment contrôler les arrosages au jardin potager ? Il faut savoir tirer parti de son expérience. Ce n’est pas toujours facile. Voici donc une méthode pour mettre en place une aide à la décision en matière d’arrosage. Cette méthode est inspirée de la logique floue. Les procédures ont été adaptées même pour aboutir à ce que nous nommerons « une logique d’intervalles » plus simple d’usage tout en étant tout aussi fidèle quant aux résultats.  

En ces périodes d’économie d’eau, la conduite de l’arrosage tout au long d’une saison au potager n’est pas une mince affaire, surtout lorsque l’on a plusieurs cultures en train et à des stades différents. Il convient donc d’agir avec méthode afin de doser équitablement les arrosages en fonction des besoins, des sols, du climat.

Partons des observations suivantes.
 

-    un bon arrosage équivaut à un arrosoir soit 10 litres au mètre carré.

-    Si le sol est sec, il faut un arrosoir.
-    Si le sol est frais, il faut ½ arrosoir.

-    Si le sol est humide, il ne faut pas arroser.
-    S’il fait très chaud, il faut un arrosoir.
-    S’il fait chaud, il faut ¾ d’arrosoir.
-    S’il faut moyen, il faut ½ arrosoir.
-    S’il fait frais, il ne faut pas arroser.
-    Si la plante est jeune, il faut ¼ d’arrosoir.
-    Si la plante est en pleine croissance, il faut ¾ d’arrosoir.

-    Si la plante est en pleine floraison ou fructification, il faut un arrosoir.
-    Si les fruits sont en voie de maturation, il faut diminuer progressivement les arrosages un mois avant la récolte.
-    Si le sol est sableux, il faut arroser peu et souvent, soit ½ arrosoir.
-    Si le sol est limoneux, il faut arroser un peu plus et moins souvent, soit ¾ d’arrosoir.
-    Si le sol est argileux, il faut arroser beaucoup à la fois, mais rarement, soit 1 arrosoir.
-    Si la plante aime l’humidité, il faut un arrosoir.  
-    Si la plante n’aime pas les sols humides, il faut ¾ d’arrosoir.

-    Si la plante redoute l’humidité, il faut ¼ d’arrosoir. 

Comment faire maintenant pour régler l’arrosage, lorsque nous avons plusieurs facteurs simultanés ? 

Il faut maintenant établir les correspondances entre chaque variable et une dose d’arrosage. Comme nous travaillons au coup d’œil, le dosage est approximatif, si bien qu’il convient de créer des échelles d’évaluation dont les parties se superposent aux extrémités les unes les autres.


-    Si le sol est sec, il faut de 7 à 10 litres.

-    Si le sol est un peu sec, il faut de 5 à 8 litres.
-    Si le sol est frais, il faut de 3 à 6 litres.

-    Si le sol est humide, il faut de 1 à 4 litres.
-   Si le sol est très humide, il ne faut pas arroser =0 litre.
-    S’il fait très chaud, il faut 10 litres.
-    S’il fait chaud, il faut 7à 8 litres.

-    S’il faut moyen, il faut 4 à 6 litres.
-    S’il fait frais, il faut de 1 à 5 litres.
-    Si la plante est jeune, il faut de 1 à 2 litres.
-    Si la plante est en pleine croissance, il faut 6 à 8 litres.
-    Si la plante est en pleine floraison ou fructification, il faut 10 litres.
-    Si les fruits sont en voie de maturation, il faut diminuer progressivement les arrosages un mois avant la récolte, soit une pondération 30/30, 29/30, etc. …
-    Si le sol est sableux, il faut arroser peu et souvent, soit 4 à 6 litres à la fois.

-    Si le sol est limoneux, il faut arroser un peu plus et moins souvent, soit 7 à 8 litres.
-    Si le sol est argileux, il faut arroser beaucoup à la fois, mais rarement, soit 10 litres.
-    Si la plante aime l’humidité, il faut 10 litres. -    Si la plante n’aime pas les sols humides, il faut 6 à7 litres.
-    Si la plante redoute l’humidité, il faut 2 à 3 litres.

Exemple :
Sol frais, temps chaud, plante en pleine croissance, sol limoneux, la plante n’aime pas l’humidité. On pose les valeurs de chaque règle : 3 à 6 & 7 à 8 & 6 à 8 & 7 à 8 & 2 à 3.

On cherche les valeurs minima et les maximas et on applique la règle de la conjonction & (on ne retient alors que la valeur minimale, nous sommes dans une politique d’économie. En appliquant la règle V « ou », on ne retiendrait que la valeur maximale de chaque règle) :
 
3 & 7 & 6 & 2 => 2

6 & 8 & 3 => 3
 

Il faut arroser la plante avec 2 à 3 litres d’eau. On retrouve les valeurs pour une plante qui redoute l’humidité. 

Avec une plante ayant besoin d’humidité, l’arrosage aurait été de : 

3 & 7 & 6 & 10 => 3
6 & 8 & 10 => 6 


Soit un arrosage de 4 à 5 litres (4,5 pour faire juste). Dans ce cas, il conviendra de surveiller le point de flétrissement, ou d’ajuster par la variable de pondération : …1,2 – 1,1 - 1 - 0,9 – 0,89, et cetera. Au besoin, on ajoutera une règle de pondération pour apporter de la précision.
Bref, il faut s’y mettre avec un papier et un crayon, prendre notes, tirer des conclusions, autrement dit élaborer des règles de conduite d’arrosage. Pour ceux qui auraient bien de la peine avec cette approche inattendue, je leur conseillerais éventuellement de planter ici ou là quelques végétaux sensibles à la sécheresse qui leur serviront d’alerte à l’arrosage !
 
JP - 2013  

Herbes folles, messicoles ou adventices, bien au milieu des cultures. 

Les herbes colonisent naturellement les endroits qui leur conviennent le mieux. Il n’est donc pas étonnant d’en retrouver certaines là même où nous nous donnons de la peine à cultiver. Si quelques plantes détestent les sols remués, d’autres, comme les messicoles ou les adventices, les recherchent impérativement pour végéter. Ainsi, pas de Nielle sans labour.

Toute la difficulté du jardin partagé réside en deux aspects bien distincts : l’un est qu’il faut bien partager le lieu avec les autres jardiniers ; l’autre aspect moins reconnu, est qu’il faudrait aussi partager le jardin avec la flore spontanée. Ce double partage entre nature et culture aboutit à une synergie peu commune donnant d’une année à l’autre au jardin un mouvement. Ainsi, cette année les Roses trémières se sont installées à des endroits où l’on ne les attendait guère. Dû en partie au hasard d’un envol de graines cet aléa brise avec bonheur notre fâcheuse habitude à penser la nature. Et, reconnaissons que, sans cet aléa de génie, la beauté naturelle du jardin disparaîtrait en bonne partie.
 

L’année dernière nous avons ainsi découvert le raifort sauvage, le réséda jaune et un géranium brun. Si le réséda, utilisé au moyen âge par les teinturiers, a pour l’instant disparu, le géranium est en fleurs au milieu des iris et le raifort bisannuel exprime sa fleuraison avant de disparaître. Par ailleurs, un cardon épanouira bientôt une petite fleur en forme d’artichaut dont il est un lointain ancêtre. Ce sera le moment pour inviter les uns et les autres à prendre conscience du long travail de sélection qui a conduit la plante sauvage aujourd’hui délaissée à la plante cultivée au potager.  

Comme vous le devinez, nous avons intérêt à rester tolérants vis-à-vis des herbes folles qui s’installent ici ou là dans nos carrés. On peut en contrôler l’expansion sans pour autant les détruire totalement. Leur présence donne un ton naturel, protège le sol de la battance de la pluie, ombre le sol tout en l’ameublissant. Si nous devons en supprimer l’expansion, alors faisons-le progressivement, jamais de manière systématique. Laissons une part de liberté à la nature. Celle-ci nous le rendra à sa manière par la diversité des formes, le vol d’un papillon ou encore le chant d’un oiseau. 

Au potager l’adventice aura toute sa place entre deux cultures. Offrant une couverture au sol dénudé l’adventice viendra en contre point au carré cultivé. Où est le problème ? Dans nos représentations du monde, dans cette manière bien à nous de contraindre notre monde immédiat en toute occasion, de le soumettre à une domination bien discutable.

Ailleurs qu’au potager, les herbes folles sont toutes aussi tolérables entre deux touffes cultivées trop éloignées pour offrir au sol une couverture efficace. Le moment venu, on reprendra possession de la surface, mais pas avant. Le geste, devenant plus réfléchi, s’éloignera ainsi de la pulsion première destructrice à laquelle notre esprit incline par éducation.

Avec l’habitude, ce qui au paravent nous semblait un peu fouillis nous apparaîtra subitement comme ordonné en une harmonie à la fois spontanée et voulue. À s’effacer un peu devant la nature nous n’en serons alors que plus Zen.


JP – 19/06/2007  

Les cultures associées.

Vous connaissez tous les associations végétales, même si vous semblez les ignorer.  Les milieux naturels => comme lieux d’associations de plantes vivant en communautés, mais aussi comme lieux de compétitions : par exemple, la molinie (herbe dense) peut empêcher la régénération forestière en interdisant toute germination. Autre exemple, un peuplement de Calamagrostis epigejos assèche si fort le sol qu’aucune graine ne peut y germer sous un climat sec. Une plante, telle que l’Hieracium pilosella, est capable de faire le vide autour d’elle en émettant une substance toxique pour les végétaux d’alentour.

Qu’est-ce qu’un milieu ?
  Milieu = un sol (géologie, influence du sous-sol) + un microclimat + quelques autres facteurs dont la végétation.
Donc, le milieu est un tout, c’est un écosystème.
 

Voilà la liste de quelques écosystèmes que vous connaissez certainement :

(à chaque terme, imaginez un paysage et faites appel à vos souvenirs)
 

Forêts, hêtraie, chênaie, cerisaie, conifères et résineux, landes, landes sèches et landes humides, forêt landaise, landes acides, landes tourbeuses, marais, tourbières, pelouses, prairies, prairies humides, prairies sèches, prairies fauchées, prairies  pâturées, étangs, lacs, plaines, platières, taillis, taillis tourbeux, garrigues, vignobles, bocage, clairières, talus, sans oublier le maquis corse et bien d’autres milieux comme la mangrove tropicale, savane, forêt primaire pluviale, bambouseraie, prairie pastorale, et cetera. 

Rôle des lapins, du surpâturage, du piétinement des troupeaux, des pratiques agricoles, dans le façonnage du paysage et des milieux. (Remembrement et disparition du bocage, de la déforestation). 

Groupements de végétaux.   Là encore, vous connaissez plusieurs groupements végétaux, même si cela vous semble impossible.

Par exemple :
 

Groupements herbacés sur sols secs, humides, frais, inondés ou marécageux. Plantes adventices des cultures sarclées ou non sarclées. Végétations des prairies permanentes ou temporaires. Arbres denses, dispersés ou absents. Végétation essentiellement herbacée.

Sur sols secs, humides, acides, calcaires, riches ou pauvres en nitrates, sols caillouteux, rocheux, sableux, éboulis, corniches, falaises, cultivés ou incultes.

Lieux ensoleillés, ombragés humide, sec.
 

Eaux dormantes, vives, courantes, stagnantes, calmes et acides, ruisseaux, rivières, sols à alluvions, les grèves alluviales, dalles gréseuses, sables tourbeux.
Végétations des moissons sur sols siliceux ou plus ou moins calcaires et caillouteux, sur limons (Nielle, coquelicot, bleuet, et cetera).

Végétation des champs de lin, des pelouses urbaines (Polygonum aviculare ou Renoué des oiseaux).

Végétation des lieux piétinés, Végétation des hautes friches à Chardons, Reseda luteola, Végétations des berges : l’iris speudoacorus de couleur jaune, appelé « Lys » au moyen âge, donna l’emblème royal de la fleur de lys.
 

D’une manière générale, tout ceci vous dit quelque chose. Évidemment, les souvenirs des uns ne sont pas les souvenirs des autres. Cette diversité des mémoires est utilisable autour d’un projet partagé. Les souvenirs d’enfance, les expériences, tout ceci constitue un patrimoine à partager lors de la conception d’un projet saisonnier de jardinage. Je vous conseille donc dès chaque automne à redessiner vos carrés sur le papier, à discuter entre vous de la jouvence de vos cultures en donnant du sens, un thème, un camaïeu. Ensuite à distribuer le rôle et le statut de chacun dans le groupe pour assurer une synchronie tout au long de l’année. Certains préfèrent les tomates, d’autres les plantes condimentaires, d’autres les fleurs de couleurs jaunes ... Il est possible de construire un jardin harmonieux en tenant compte de la diversité des goûts particuliers tout en maintenant l’intégrité générale de celui-ci. Le jardin partagé ne peut être une succession désordonnée de projets individuels pas plus qu’un tas de brique ne saurait faire un mur. L’architecture du potager conduit en cultures associées en est une belle illustration. 

En conclusion : D’une manière générale, on ne peut pas associer tout et n’importe quoi. Chaque milieu possède un potentiel sol, climat, végétal. Il en va de même au jardin. C’est la raison pour laquelle il nous faut dessiner le schéma d’un potager de cultures associées « clé en main ».

JP - 20/05/2007 
 

Base pour un potager idéal. 

Le potager est un exercice difficile. Chacun peut librement y trouver sa place à condition de s’intégrer dans un schéma directeur qui assure la rotation des cultures, l’ordre des semis et des repiquages. Toute improvisation de dernière minute est donc à éviter. Le programme est au jardin ce que la boite de vitesse est à l’automobile. Sans lui rien n’avance et tout cale rapidement.

Je comprends fort bien les difficultés de démarrage observées cette année au potager et l’impression de fouillis mal contrôlé. Or, n’oublions pas que nous sommes observés par d’autres jardins. Il est donc utile de donner non pas l’illusion d’une harmonie en trompe oeil, mais bien d’une harmonie jaillissant des mises en oeuvre.

Afin de simplifier la composition du Potager, tout en respectant l’association des cultures, j’ai imaginé de diviser le potager en 3 planches principales : les légumes « racines », les légumes « feuilles », les légumes « fruits ».

Ainsi divisé, le potager s’offre plus facilement à la rotation annuelle des cultures par permutation des plancheset et à l’application des amendements fertilisants qui vont avec chaque type de légumes. Quoi de plus simple ? Quant à la quatrième planche, son usage sera réservé à l’imprévu (nouveaux adhérents, projet pour voir, cultures vivaces : artichauts, cardons, asperges).

Chaque planche recevra une succession de cultures en ligne (dans le sens de la largeur). Enfin, certains légumes, étrangers à la planche, serviront en fait à réaliser une soudure selon la logique des cultures associées. Le radis en est un exemple parfait.
 

L’ensemble des lignes, considéré dans la longueur de la planche, offre les séquences suivantes.  

- Planches des Légumes Racines. Séquence : Ail + Pomme de terre + Raifort + Pois + Navet + Laitue + Oignon + Betterave rouge + Carotte + Radis + Céleri rave + Pomme de terre + Tomate.
- Planches des Légumes Feuilles. Séquence : Épinard + Poireau + Laitue + Chou + Céleri à côtes + Poireau + Tomate + Céleri.

- Planches des Légumes Fruits. Séquence : Aubergine + Haricots + Concombre + Maïs + Melon + Laitue + Pois + Haricot + Maïs + Potiron.
 

Cette présentation étant perfectible, je vous laisse le soin d’en fignoler les finitions afin de dépasser en nombre les 31 légumes mis ainsi en culture. Ceci étant posé comme principe, il conviendra de définir les dates de semis. Je vous conseille de faire simple et de préférer les semis en place, d’éviter les cultures forcées sous châssis ou à contre-saison. Prévoyez sur la quatrième planche vos pépinières d’où seront prélevés les plants destinés au repiquage en évitant de la sorte les semis en petits pots abandonnés au vent. 


JP - 20/05/2007  


Voici une flaque !

Voici une flaque. Que dis-je ? Une mare, un marécage, un océan immense où se cachent à millions des êtres minuscules. Tout cela finalement n’est qu’une histoire d’échelle, une manière d’appréhender le monde et ses merveilles par un bout ou l’autre de la même lunette. Il suffit de se tenir à bonne distance pour transformer ce lieu anodin en un univers immense débordant de surprises.
Il importe peu que l’étendue soit ici minuscule à partir du moment où l’imaginaire nous entraîne hors des contraintes du réel immédiat. Que l’étendue soit vaste ou restreinte, il existera toujours une forme de vie pour la conquérir, s’y installer, y prospérer tout à son aise. Tout cela finalement est bien une histoire d’échelle. Et ce n’est pas la grenouille qui dira le contraire. Maintenant, penchez-vous donc un peu, approchez-vous encore jusqu’à effleurer l’intimité de l’infiniment petit. Car ici, on ne fréquente la plante qu’en s’approchant d’elle, en partageant son intimité botanique à la manière inverse des parcs et jardins où l’on place le visiteur à bonne distance des massifs où végètent à merveille d’horribles monstruosités horticoles. Que distinguez-vous, à part la couleur uniformément verte des végétaux disparates, ceux qui recouvrent la surface comme ceux qui jaillissent des profondeurs pour s’élancer au-dessus de tous ? Cherchez un peu à mettre de l’ordre dans cette intrication d’essences plus ou moins exotiques, de bestioles inattendues au milieu d’une eau parfois croupissante, souvent fangeuse, toujours dormante.

Votre regard arrivera-t-il à distinguer parmi les hydrophytes celles qui, immergées dans l’ombre, vivent cachées de la surface ? Apercevrez-vous le Groelandia, le Potamogeton,  l’Elodea, l’Aratophyllum, le Myriophyllum ? J’en doute. Vous aurez plus de chance en surface pour rencontrer du regard, selon la saison, le Potamogeton cousin du premier, la Trapa comestible, l’Equisetum ou la Sagittaria, les Lemna, le Spirodela, l’Azolla. Non, vous passez sans trop voir, trop vite par manque d’habitude sans doute, le regard souvent captif d’une fleur de Nymphea, d’un Nuphar, d’un Nymphoïdes, d’un Ludwigia enfin qui vous fera penser à une Renoncule Bouton d’or qui passerait ses derniers jours de vacances les pieds dans l’eau. La rive est tout aussi riche avec ces Carex, ces Cyperus, ces Polygonum plus ou moins décoratifs parfois même condimentaires. N’oublions pas non plus la Menthe accompagnée par une Petasites encore timide qui attend la fin de l’hiver prochain pour s’exprimer. De cette mare d’eau sale, d’eau endormie, vous y extirperez toute une vie malpropre, malodorante, et cependant pleine de charme, une vie encombrée de plantes toutes aussi bizarres les unes que les autres se menant en silence une guerre perpétuelle pour conquérir la moindre parcelle de surface libre. Voyez dans cet esprit comment l’Azolla, veloutée d’allure, mène pourtant la vie dure à la Lemna, cette lentille d’eau pacifique qui prend tout son temps pour conquérir benoîtement l’espace. C’était compter sans l’Azolla, cette sorte de fougère aquatique, qui la chevauche, l’étouffe, la chasse, recouvre tout sur son passage au point de changer ce havre en un bourbier infect s’y l’on y mettait bon ordre. C’est pourtant là, au bord des lieux humides, que l’homme à choisit, ailleurs qu’ici et en d’autres temps, d’établir ses premières cultures, ses maraîchages, ses hortillonnages fertiles, nourriciers, énergétiques, permettant à toute une ville d’exister de croître, d’embellir parfois les lieux et souvent pour ne pas dire toujours de tout saloper à mil lieux à la ronde par effet de masse. C’est là, dans cet espace plein de fièvres et peuplé de sales bêtes dégoûtantes, que l’homme apprit à cultiver, à apprivoiser des espèces sauvages tels le Céleri ou le Maceron, et ce pour nourrir sans fléchir populaces comme Seigneuries. De la mare au marais, du marais au maraîchage, il n’y avait qu’un pas qui demanda pourtant des millénaires avant d’être franchi.


J.P. - 20/09/2007  
  
 
Héron



Le Chat du Voisin.

Il n’est pas de jardin, partagé ou non, qui ne soit au petit matin visité par le chat du voisin. Celui-ci y passe, musardant d’un coin à l’autre, à la recherche de sa préférence, celle d’un petit coin tranquille fait d’un espace bien dégagé, si ce n’est bien en vue, où la terre fraîchement remuée accueillera comme il le faut une crotte bien fumante exposée au milieu des semis.

Depuis quelque temps, chaque matin, une poignée d’étrons, sentinelles en troches immobiles, abandonnées à un sort incertain par on ne sait quel sac à puces, transforme ainsi ces lieux agréables en sentine infréquentable.
 

Moi, le chat, premier occupant des lieux, je vous interpelle donc publiquement vous les hommes pour vous dire : - sachez que pour ma plus grande renommée, j’assurais depuis longtemps cette tâche avec bonheur. Crottant ici ou là, au milieu des carrés, provoquant ainsi le désespoir du jardinier pour mon plus grand amusement. 

Et voilà, maintenant, qu’à votre tour, en chieur que vous êtes, vous montrez en place publique ce que je prenais soin à cacher sournoisement pour mieux surprendre. C’est pour le moins fâcheux de constater tant de ruses devenues inutiles par la faute d’un esprit canin. Indécrottable propriétaire d’animaux divagants, en semant la merde ici, vous semez aussi la discorde, provoquez une guerre de siège, en ces lieux félins. 

Signé : Le Chat du Voisin.

JP - 22/06/2006  


La corneille au bord de l’eau.
 

Une corneille vint à se poser au bord de la margelle du petit bassin. Elle portait en son bec, non pas un fromage, mais un bout de pain sec, qu’elle déposa sur le bord et d’un coup de bec le fractura en trois parties. Elle saisit alors chacun des morceaux pour les tremper dans l’eau. Après un instant, elle les agita pour qu’ils fassent bien trempette. Vint  près d’elle un corneillard qui s’approcha pour quémander sa pitance. Alors la corneille saisit un par un les morceaux bien ramollis pour les offrir au corneillard affamé. Et après ça certains s’imaginent encore être les seuls intelligents !

JP - 20/03/2015

kahn 616  


Approche esthétique au jardin partagé.
 

Il y a quelque chose d’étonnant à constater l’écart existant entre les recommandations écologiques et l’impact sur la réalité lorsque le jardin est grand comme un mouchoir de poche. S’il s’agit d’enseigner et d’utiliser le jardin comme support pédagogique, nous sommes d’accord, mais s’il s’agit de croire à son impact sur la santé publique, alors là : halte ! En effet, quel impact sur l’environnement auront les mesures prises à l’adresse d’une jardinière, d’un carré de choux, d’un are ou deux d’une terre déjà polluée jusqu’au trognon ? 

Toutefois, je vous accorde que le refus des pesticides est une bonne chose, mais pour le reste le doute demeure. On ne peut réduire l’écologie dite urbaine à la superficie de quelques friches éparpillées en ville. L’écologie urbaine concerne toute la ville et non quelques coins temporairement délaissés à la nature, à l’arbre aux papillons, aux herbes folles, quand ce n’est pas à de la ferraille abandonnée.
 

L’existence d’un jardin partagé ne doit pas nous faire oublier le reste. Or, c’est justement le reste qui pose problème et le jardin partagé vient s’opposer à ce reste en contrepoint. Mais comment ? 

Voyons cela.  Venons-en donc à quelque chose de difficile à débattre, je veux parler de l’esthétique du jardin partagé, esthétique qui tient souvent plus d’un tas de briques que d’un mur bien élevé. Autrement dit, beaucoup de jardins partagés m’apparaissent comme étant inesthétiques, parce que pagailleux.  

Jardiner d’une manière écologique est recommandé pour toutes les raisons que l’on connaît, mais cette manière de faire interdit-elle que l’on s’attarde sur l’esthétique paysagère du jardin ? Pourquoi tant de jardins ressemblent plus à une décharge végétale plus ou moins chaotique qu’à une harmonie naturelle comme la nature nous en donne le spectacle ? 

La réponse à cette question tient au fait qu’au départ il n’y a pas de schéma directeur où la mise en scène serait maîtrisée. Par la suite, des corrections apparaissent dans certains jardins améliorant la circulation du public, la disposition des plantes, les effets d’ensemble. Cet apprentissage du lieu et de ses fonctions aboutit à une impression d’équilibre qui fige pour quelque temps le jardin dans un état de grâce.  

Mais cet état ne dure pas, parce que le végétal évolue et brise l’impression d’équilibre. Il faut donc ici tailler, là replanter, ailleurs transformer pour embellir. C’est au cours de ces actions que le bazar introduit doit progressivement laisser la place à une esthétique paysagère naturelle qui reste à promotionner. Tout objet, souvent de récupération, devrait être banni au profit d’une présentation plus naturelle où les artéfacts humains seraient minimisés.

Cet effort d’esthétique pour rendre le jardin plus naturel ne contrarie en rien les projets des uns ou des autres. Les réflexions pour placer les projets sur le terrain permettent de dégager des règles de composition qui serviront de directives générales. C’est en cela que le jardin partagé transcende son but primitif, celui de promouvoir uniquement des pratiques respectueuses de l’environnement. L’écologie n’est pas une esthétique, c’est là son point faible au jardin.


Certains jardins partagés donnent l’impression d’un chaos. Les cultures y sont disposées selon un désordre traduisant la création primitive plus qu’un schéma de composition réfléchit pour la mise en valeur du paysage.
 

On y gagnerait beaucoup à remettre les cultures selon une logique paysagère obéissant à l’idée d’un paysage naturel où l’intervention du jardinier ne se laisserait surprendre en train d’agir.

Pour cela, il convient d’élaborer de règles de composition. Certaines sont évidentes et utilisées sans même qu’on ait à y réfléchir. Par exemple les grandes plantes sont placées en arrière tandis que les plus petites sont plantées en première ligne. C’est du bon sens, mais faut-il encore l’expliciter.

Chaque jardin étant unique, il convient d’en dresser une logique de composition faite sur mesure, même si les règles de composition générales sont utilisées ici ou là lors de la mise en place d’un espace particulier.
 

Chaque jardin sera ainsi décrit par des éléments de composition : limites du jardin, circulation, thématique des espaces, ombre / lumière, l'opposition sec / humide, perspective, point de fuite, mise en scène des espaces… On pose ainsi sur le plan, en partant des limites extérieures, les parties du tout, chaque élément étant mis en relation avec ses voisins selon une progression qui reste à définir : couleurs, formes, fonctions. 

Dans la mesure où le jardin partagé n’est pas un jardin à la française, on peut penser lui donner une forme naturelle plus agréable au regard parce que donnant une impression de la spontanéité des choses perçues. Le jardin partagé, c’est la liberté sous contrôle. Évidemment, ce contrôle ne doit jamais apparaître, sauf s’il est recherché en tant que tel, comme dans la taille et mise en forme d’une touffe de vivace, d’un arbre palissé. On appellera cela un effet de contrepoint. Cet effet peut s’appliquer tant aux formes des végétaux qu’aux couleurs des floraisons.

§ - Donc, la première règle serait de poser au sol une moquette de verdure sous la forme d’un tapis, une pelouse pour tout dire, de manière à donner un fond à l’ensemble.

§ - La seconde règle serait de limiter le jardin par une enceinte végétale : arbres fruitiers palissés au mur, plantes grimpantes, massifs de plantes vivaces plantés sur le pourtour.

Les règles suivantes concerneront la composition des massifs et non la disposition des massifs les uns par rapport aux autres, chaque jardin ayant une surface et une forme spécifiques.

§ - Placer les plantes par ordre de grandeur.

§ - La hauteur d’un massif adossé doit correspondre au 2/3 de sa longueur.

§ - Pour un massif de formes libres, la longueur maximale sera le double de sa largeur maximale.

§ - Installer un fond de décor.

§ - Un massif sera composé de masse augmentant selon une suite de nombres impairs. : 1, 3, 5…

§ - Faire déborder les jardinières et les bacs.

§ - Créer de la légèreté dans les massifs. En ayant recours à de plantes vaporeuses.

§ - Choisir une forme de fleurs dominante.

§ - Associer les couleurs. Utiliser des dégradés, des associations binaires (1 couleur primaire + du blanc), des associations ternaires.

§ - Éviter d’associer des couleurs primaires entre elles.

§ - Éviter de mélanger des couleurs pastel avec des couleurs saturées.

§ - Utiliser le blanc pour adoucir ou séparer.

§ - Choisir une couleur dominante puis utilise des dégradés.


Kahn 626
   

L’esthétique comme prise de tête.

L’esthétique de nos jardins ordinaires reflète souvent l’aspect fonctionnel et ses contraintes : entrée du garage, terrain en pente, emplacement de l’entrée principale du pavillon, présence d’enfants, surface disponible, effet de mode (présence d’un saule pleureur isolé sur pelouse), et cetera. Tout ça n’est pas très satisfaisant. Pourquoi ? Parce que trop de fonctionnalisme dans l’apparence aboutit à une laideur anti naturelle. Un exemple de ce ridicule en est donné par Jacques Tati dans le film « Mon Oncle ». Encore une fois, tout l’art du jardinier consiste justement à disparaître en tant qu’architecte derrière la création où rien n’y est naturel et tout donne pourtant l’impression d’une spontanéité de la nature. Bien souvent il existera un mélange entre un construit apparent et un naturel restitué. Ainsi, le traçage ou non des allées en lignes droites, comme des sentiers en pas Japonais décalés à droite et à gauche de manière à ne pas déranger la marche du visiteur, le recours simultané à des pierres naturelles ou taillées, représentent cette synthèse entre deux tendances apparemment opposées. On rejoint en cela les paysagistes japonais comme Shigemori Mirei 重森三玲 pour qui il ne s’agit pas seulement de « conquérir » et de « construire » la nature grâce à une intervention humaine. Les pierres taillées sont bien mises en valeur par la proximité des pierres naturelles et vis et versa. Parler d’esthétique présente une difficulté, celle de la culture et de ses valeurs autant que les représentations de celui qui observe.

Toujours est-il que trop de géométrie apparaît comme anti naturel. L’idée ici est de montrer que trop souvent nos conceptions se révèlent en final disharmonieuses, déséquilibrées. Si, pour donner une image d’harmonie, une partie du jardin est conçue selon un plan géométrique, l’autre partie serait à concevoir comme étant plus libre afin de venir en contrepoint et contre balancer une rigueur excessive. De ce principe ressort l’idée d’un partage du lieu en deux zones autant opposées que complémentaires : l’une au carré et productive comme le potager, l’autre aux formes libres et consacrer au fleurissement et au délassement. Si nous devons veiller à l’équilibre de la géométrie des lieux, nous devons tout autant veiller à l’équilibre de la symbolique, symbolique souvent absente pour ne pas dire disparue de nos jardins. Or, si symbolique il y a, là encore nous devons veiller à la mise en relation d’opposition des éléments mis en scène. Géométrie et symbolique apparaissent donc entrer en relation pour aboutir à ce que nous estimons être à tort ou à raison comme étant le « beau ». 

Souvent, des jardins partagés se dégage une impression de fouillis aléatoires jetés au sol au hasard des réalisations promues par quelques personnes se consultant peu quant à l’allure du résultat. Sans interdire telle ou telle réalisation, il serait opportun de redessiner l’ensemble des emplacements afin de dégager des équilibres, des contrepoints, de la mise en tensions des différents éléments utilisés. Cela relancerait l’activité d’un jardin qui se cristallise trop vite dans l’immobilisme, la routine, et finalement l’ennuie. Même si l’on prône le rassemblement d’un grand nombre de choses disparates, l’intérêt reste la mise en harmonie des parties dans l’ensemble. Là encore ce sera l’expérience, la critique aimable de tout à chacun au fil du temps, qui apportera les idées, les notions opératoires, le cheminement vers le but à atteindre.  

En guise de conclusion provisoire, nous dirons que l’art au jardin partagé apparaît comme étant une mise en opposition d’éléments qui se refusent à une synthèse équilibrée. Il s’agit alors d’un enchaînement depuis l’origine laissant une grande place au hasard, aux bouleversements et à la pluralité entre les choses et les évènements. La conception du jardin est souvent un enchaînement qui laisse la place aux hasards, aux bouleversements et à la pluralité entre les choses et les évènements. Cette situation peut se corriger en mettant les éléments déjà en place en opposition avec de nouveaux éléments venant en contre point. Ainsi, on mettra en opposition pierres taillées avec pierres naturelles, arbres taillés avec arbres à port botanique. Au jardin partagé situé en zone urbaine, l’arbre est interdit sauf s’il est déjà en place avant la création du jardin. L’opposition jouera entre plantes vivaces à port naturel et plantes vivaces taillées, par exemple le romarin. Mais ce qui importe tout autant est l’enchaînement entre éléments issus de diverses expériences sensorielles et différents contextes culturels qui coexistent. Chaque scène du jardin met non seulement en opposition des végétaux ou des minéraux, mais encore s’oppose à une autre scène. Ainsi, les scènes s’enchaînent les unes aux autres tout au long du parcours de manière à se mettre en valeur. De la sorte, le jardin peut aussi être conçu comme une longue promenade où chaque station est un prétexte à une festivité botanique. 

JP -8/05/2015  

Certains jardiniers ont à cœur de diversifier au maximum les espèces végétales en introduisant des plantes tout en laissant une place aux herbes folles. Tout cela s’organise soit en laissant courir quelques herbes dans chaque carré, mais jamais les mêmes d’un carré à l’autre, soit en reléguant la flore sauvage au fond du jardin ce qui n’est pas sans rappeler l’organisation du jardin à la française. On pourra dans cet esprit laisser une place à la Rose trémière comme à la Pimprenelle, ces deux biannuelles vagabondes qui donnent au jardin un aspect changeant d’une année à l’autre. Il en va de même pour les massifs en mélange plantés dans les carrés. S’il s’agit de floraisons, il conviendra d’en prévoir le calendrier afin d’y conserver un éclat de couleurs tout au long de la belle saison. Le massif en mélange présente l’avantage d’y cultiver quelques vivaces aux floraisons précoces ou tardives. On peut même songer à y placer une belle floraison hivernale comme le  Euryops  pectinatus Cass, cette plante vivace d’Afrique du Sud qui aurait conservé chez nous son calendrier austral. Elle présente ainsi la particularité de débuter sa floraison en jours courts dès la fin septembre pour la terminer en juin. Les fleurs, d’abord petites, s’imposent par leur taille au fur et à mesure que les jours diminuent, si bien qu’à Noël, où les jours sont au minimum, leur taille est au maximum. Voilà une belle plante lumineuse qui éclaire le jardin en période de désolation florale. Un seul inconvénient, elle craint le gel qui sévit de janvier à février. Il faut donc la protéger durant cette période de risque. C’est une plante qui reste en activité toute l’année, avec six mois à produire des fleurs et six mois à produire des feuilles. Dans ces carrés en mélange on utilisera Digitalis paviflora, le Penstemon, le Fuchsia de Californie Zauschneria californica, la Knautie, la misère Tradescantia zebrina quadricolor, les sauges comme Salvia guaramitica Enigma, la lavande Lavanda pinnata et la verveine Verbena bonariensis. Comme on ne jardine pas qu’avec des vivaces, on utilise aussi des plantes annuelles ou biannuelles comme le tabac lungsdorffii, la canne à sucre, la sauge du Mexique Salvia mexicana, la Salvia lypholia, le Leonotis leonurus, l’Amaranthus paniculatus, le Thumbergia alata Aurantiaca, la Salvia greggii, le Rudbeckia hirta, et même l’Alocasia pourpre. Depuis quelques années, on introduit ici ou là quelques plantes potagères aux feuillages décoratifs, comme l’artichaut le cardon, la molène, la poirée, l’oseille, des choux, du basilic pourpre, le fenouille. On aura intérêt à alléger l’esthétique des massifs en utilisant des plantes au feuillage et à la floraison vaporeuse. C’est ainsi que l’on voit ici ou là le Gaura, le Stippa tenuifolia, le Briza média, s’agitaient au parc comme au jardin partagé. Dans cet ordre d’idée, on y ajoutera l’Hordeum jubatum, l’Emilia sagittata, le Stipa gigantea, le Papyrus du Nil Cyperus papyrus, l’Ammi visnaga, l’angélique, le fenouil vert Foeniculum vulgare ou le Thalictrum.  

JP - 5/06/2015


Euryops pectinatus


中国园林 Le jardin chinois.

On sait ou non combien nous devons au jardin chinois dans l’architecture de nos parcs et jardins, architecture qui a transité de la Chine à l’Angleterre et de celle-ci jusqu’à nous. Ainsi naquit pour résumer le parc paysager avec ses espaces reposants, des perspectives sur des plans d’eau bordés d’herbes aquatiques, ses grands arbres au port naturel qui s’élancent au milieu des pelouses. Mais il nous manquera toujours quelque chose par rapport au jardin chinois. Il nous manquera cette symbolique qui donne au jardin une dimension philosophique au-delà de l’esthétique recherchée. Chaque élément du jardin chinois s’inscrit dans l’espace d’une scène et ne figure pas là par hasard. Sa présence renvoie souvent à un sens, à d’autres éléments qui en renforcent le sens initial. Ce vide enseigné m’a toujours fait problème. J’avais peine à limiter l’architecture paysagère à la seule approche enseignée, celle du fonctionnel, froide, dépouillée de toute sensibilité, qui me fit dire assez vite qu’un tas de briques n’a fait pas un mur. Il manquait à nos réalisations une âme, un petit quelque chose d’insignifiant qui justement donnait du sens, un sens profond sans même que l’on s’en aperçoive et sans lequel tout n’est que marchandises posées là. Toute la difficulté du jardin se niche justement dans cette conjonction subtile à réussir entre une nature et une culture, entre une nature et un inconscient particulier comme universel.
JP -  17/06/2015

Potagers en péril.

La visite de plusieurs jardins partagés montre que le potager est souvent abandonné tout comme le jardinage des plantes annuelles. Cela révèle souvent la désaffection des acteurs pour le jardinage actif au profit d’une activité d’entretien de plantes vivaces. Il s’en suit alors une perte de savoir et un air d’abandon laissant même la friche s’installer. Tout sera donc à reprendre, souvent avec une nouvelle équipe, la précédente étant dégoutée par les contraintes imposées au jardin. Tout le monde n’est pas jardinier ou ne le deviendra pas. Il faut l’admettre comme un fait.

Cette situation débute généralement par une méconnaissance qui ruine peu à peu les efforts des jardiniers. Posons-nous la question de savoir comment fonctionne la relation cyclique sol-plante-atmosphère-sol ? Quel est l’élément qui circule de l’un à l’autre en formant un cycle tel que si l’on casse une relation c’est l’ensemble, et la plante en particulier, qui dysfonctionne ? La réponse est l’eau !
 

En paraphrasant l’alchimiste, nous pourrions avancer "qu’il faut tout aligner" pour atteindre le grand œuvre. Qu’est-ce à dire ? Que jardiner c’est surveiller d’abord et en permanence le cycle de l’eau afin d’amener les corrections nécessaires pour maintenir une végétation en bonne forme. Finalement le grand œuvre du jardinier serait non seulement de mener à bien une récolte, mais encore de réaliser le cycle saisonnier d’une manière régulière sans rupture dans le cycle de l’eau. Chaque plante mise en terre est un peu comme un métal déposé au fond du creuset où il convient de mener à bien l’expérience avec autre chose qu’un déjà ayant vu, car voir n’est pas savoir, et bien autre chose que savoir, car savoir c’est voir ça. Il faut en plus une connaissance, c’est-à-dire cette capacité à ressentir l’état de l’ensemble et du particulier dans leurs relations multiples afin d’aligner en harmonie et au plus près les éléments les uns avec les autres. Appliquer cette connaissance, c’est entrer en communication avec le jardin de bon matin, en respirer les odeurs, en apprécier l’ambiance, afin de juger l’état des plantes et du sol après une nuit à l’abri de la lumière.  

L’arrivée de la lumière va tout bousculer. Le sol va se réchauffer, son eau s’évaporer comme pour la plante, tandis que l’air va s’assécher. Il convient donc de rééquilibrer l’ensemble. Une grande partie de l’art réside dans cette régulation consistant à donner au sol ce qu’il risque de perdre dans la journée et à fournir à la plante ce qu’elle exigera pour lui éviter d’atteindre le stress du point de flétrissement et un arrêt de végétation. Surveiller le cycle de l’eau, c’est aussi veiller au cycle de l’énergie, puisqu’une partie de cette dernière circule sous forme d’éléments nutritifs solubles, l’autre partie provenant de la lumière et passant par la photosynthèse.

À vous de faire.
 

JP - 15/08/2015  

De qui se moque-t-on ?

Entre trottoir et plainte d’immeuble existe un minuscule espace colonisé par diverses plantes. Que le pâturin y pousse, passe encore, mais qu’on y trouve au hasard des promenades tomate, poivron, muflier, pensée, pourpier, amarante, et même un arbre comme le paulownia, alors là le jardinier s’interroge : - moi qui les cultive avec attention et amour sans arriver à grand-chose, voilà que ces mutines s’épanouissent ici sans soin ! Il existe bien à notre attention une sorte d’ironie végétale qui montre combien en culture nous avons encore beaucoup à découvrir.


JP - 17/08/2015  


 Déjà, le retour de l’automne.

On avance de saison en saison et nous voici encore arrivés à la fin de l’été. Il est temps de songer aux travaux d’automne dont les principaux se résument en deux mots : nettoyage et labourage. Il en existe pourtant un troisième, souvent oublié aux jardins partagés, celui d’amendement.

C’est là un bien grand mot pour un jardin grand comme un mouchoir de poche. Il n’empêche qu’il signifie ce désir d’améliorer le sol, de lui maintenir une bonne texture, de la souplesse, de lui apporter l’humus tant nécessaire, les oligo-éléments indispensables, l’azote, le phosphate et la potasse, tous ces éléments en quantités disponibles sous forme d’engrais de fond.

Soigner le sol des carrés sur vingt centimètres de profondeur n’est pas si compliqué et pourtant l’oubli est fréquent. Il faut dire que le citadin ne connait pour sol que le macadam. Ceci explique donc cela. Il est grand temps pour lui de se pencher sur ce qui prend pour matière morte. Il est grand temps pour qu’il apprenne enfin que le sol superficiel est à la plante ce que le placenta est au fœtus : un organe vivant indispensable situé entre la roche et la flore.

Le secret d’un jardin en excellente santé se situe à l’insu de tous dans cette fine couche de terre où s’agite une foule de vies allant du virus au lombric en passant par les bactéries, les champignons, les acariens, une microflore et une microfaune insoupçonnée créant de la sorte un continuum entre le vivant et l’inerte.
 

Réalisons aussi qu’on ne nourrit jamais la plante, mais que la plante se nourrit sans nous et selon ses besoins. À nous de faire en sorte qu’elle ne manque de rien le moment venu. Une seule manière pour cela : prendre soin du sol sans chercher à intervenir directement sur la plante en la dopant à l’aide d’engrais liquides, aussi violents qu’un coup de fouet, interventions qui laisseront toujours des traces et fragiliseront tôt ou tard la végétation.  

Il faut donc changer la direction de notre regard pour agir autrement et découvrir enfin que la plante n’a nul besoin de notre présence, mais que les conditions artificielles dans lesquelles on la maintient exigent de notre part une intervention soutenue, de qualité, pour rendre ces conditions viables. Amendements, arrosages, nous voici donc esclaves de nos sélections abusives, mais il n’est de servitude plus agréable que celle de cultiver son jardin.  

JP - 22/08/2015  


Potager dans le potage !
  Il y a des années comme ça où les jardins sombrent durant l’été dans un abandon total, livrés à la sécheresse. Les vacances passées, il ne reste rien que des tiges mortes, des plantes rabougries, et tout n’est que désolation là où le regard se pose. Cet état de délabrement n’invite généralement pas au jardinage. Tout le monde désertera jusqu’à l’automne. Avec le retour d’une fraîcheur matinale, le moment est venu de reprendre les choses en main, de nettoyer le terrain, les carrés, les planches, les bordures, de repenser l’équipe, les plantations, de refaire des projets. Rotations des cultures, épandage de sable et de terreau, griffage, enfouissement des engrais de fond, tout finit par être prêt pour le printemps à venir. Il ne reste plus qu’à attendre que l’hiver soit passé sur les mottes pour semer les premières fleurs, les premiers légumes, tailler ce qui doit l’être, comme les rosiers, mais surtout pas les arbustes à floraison printanière.

JP - 03/10/2015

 

(à suivre)